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En attendant Eggman...

En attendant Eggman...

Paru début février à l’Association, la nouvelle bande-dessinée I am the Eggman de José Parrondo fait partie des très bonnes nouvelles de ce début d’année !

Eggman est un être singulier, avec qui il est bon de passer un peu de temps pour apprendre à le connaître (on remercie au passage l’auteur pour ces 300 planches que contient l’ouvrage). À l’intérieur de cette tête d’œuf se cache un cœur profond, qui sait prendre les situations qu’il rencontre comme elles viennent. Rien d’un soumis pour autant ; à coup d’absurde, de naïveté et de férocité d’enfant, Eggman scie les barreaux des prisons, creuse des sorties sous terre, multiplie son propre reflet, défie l’absurde qui surgit sans craindre l’échec.

Parrondo, le maître incontesté du minimalisme semble arrivé dans I am the Eggman à une forme d’aboutissement : maitrise de la narration, situations foisonnantes issue d’un dispositif rigoureux, humour-sans-y-toucher, profondeur de son rapport au monde – mi désabusé, mi enchanté.

José a déjà publié une quarantaine d’ouvrages. On est tenté de le rapprocher de l’oubapo (ouvroir de bande-dessinée potentielle) : dessinant sous ses propres contraintes, il décline de manière appliquée le motif de la longue-vue et celui de l’interrupteur comme personne. Il y a aussi quelque chose de philosophique, de profondément poétique qui l’éloignerait de ce mouvement et qui le rapprocherait plus encore de Beckett. Dans I am the Eggman c’est un petit théâtre de l’absurde poussé à son paroxysme : cet homme-oeuf en perd son langage, et ses tentatives successives de redonner du sens aux phylactères sont des échecs successifs. Eggman lui-même ne semble plus tout à fait convaincu par la nécessité d’en passer par le langage parlé. Théâtre de l’absurde, ouvroir de bande-dessinée potentielle, mais également approche presque archétypale du gag : car l’humour n’est jamais loin et en quatre temps la mécanique du comique touche, et frôle le tragique.

Les scènes où évoluent Eggman nous paraissent encore plus proches de notre quotidien englué dans les pertes de sens depuis que nous subissons cette crise sanitaire. Pourtant José avait commencé à en publier une planche par jour sur Facebook, avant la pandémie, dès octobre 2019. Encensé par les plus grands médias de France et de Belgique (Diacritik, Le Monde des Livres), José Parrondo nous fait le grand honneur d’exposer ses planches à la librairie. L’exposition est une forme de relecture, de remix fait au moment de l’accrochage. Il propose des associations nouvelles de ses planches qui vous feront découvrir une autre histoire, d’autres facettes d’Eggman qui, inlassablement, imperturbablement, poursuit l’impasse de Beckett. « D’essayé. De raté. N’importe. Essayer encore. Rater encore. Rater mieux. ».